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2016-01-28

INVITEE : Christina Kitsos, 
chargée des affaires migratoires 
République et canton de Genève 
Département de l'instruction publique, de la culture et du sport.


Francophonu : quelles sont les structures qui existent actuellement pour l'accueil des migrants et leur intégration dans le système scolaire?

Madame Chritina Kitsos : « L’accueil des élèves allophones nouvellement arrivés à Genève, appelés primo-arrivants, se base sur les axes majeurs suivants : l’apprentissage du français, l’intégration, l’orientation et le repérage des besoins particuliers. La langue maternelle doit être également valorisée, comme c’est le cas à Genève depuis 35 ans, notamment au travers des cours de langue et de culture d’origine comme le stipule l'article 4, al. 4, du concordat HarmoS du 14 juin 2007 : « En ce qui concerne les élèves issus de la migration, les cantons apportent, par des mesures d'organisation, leur soutien aux cours de langue et de culture d'origine (cours LCO) organisés par les pays d'origine et les différentes communautés linguistiques dans le respect de la neutralité religieuse et politique ».

Pour assurer cet accompagnement, des structures d’accueil ont été développées dans les trois ordres d’enseignement. En outre, le corps enseignant de structures d’accueil bénéficie depuis 2006 d’une formation continue sur le « français langue seconde », la pédagogie spécifique et les aspects sociaux et culturels liés à la migration.

Il est important de relever que « plus le temps écoulé entre l’arrivée à Genève d’un élève allophone et son intégration dans une classe ordinaire, avec des pairs de son âge parlant français, est court, plus cette intégration va être facilitée »[1]. Or, le temps passé en classe d’accueil dépend davantage du niveau scolaire antérieur de l’élève, de sa capacité à apprendre une nouvelle langue et de ses caractéristiques sociales et nationales plutôt que du niveau initial de connaissance du français[2].

A l’école primaire (élèves de 6-12 ans), les primo-arrivants intègrent à mi-temps les classes ordinaires dans le degré correspondant à leur âge et suivent en parallèle notamment des cours de français dans une classe d’accueil à faible effectif, en principe pendant 12 mois à partir de leur arrivée. Pour les élèves de 4 à 6 ans, ils sont intégrés directement à plein temps en classe ordinaire. En outre, il existe 3 classes de scolarisation à plein temps pour des élèves n'ayant jamais été scolarisés dans leur pays d'origine.

Au secondaire I (élèves de 12 à 15 ans), les classes d'accueil à effectif réduit permettent de préparer les élèves non francophones primo-arrivants en leur enseignant les bases du français afin de leur permettre une intégration en classe ordinaire. La grille horaire de ces classes est composée de cours de français, de mathématiques, de connaissance du milieu, de langues (allemand et anglais) ainsi que d'autres branches d'éveil. Des cours de langue maternelle sont également proposés pour autant que le nombre minimum de 10 élèves parlant la même langue soit atteint. Les élèves ne restent en classe d'accueil que le temps nécessaire pour se préparer à suivre les cours en classe ordinaire dans de bonnes conditions. Ce sont des classes hétérogènes, multiculturelles et plurilinguistiques. Une grande souplesse dans la conduite de ces classes est la clé du succès des élèves dans leur prise en charge par l'institution scolaire. Des cours d'alphabétisation sont mis en place pour celles et ceux qui n'ont pas été ou très peu scolarisés avant leur arrivée à Genève.

Au secondaire II (élèves de 15-19 ans), le Service de l’accueil du postobligatoire (ACPO) assure une prise en charge des élèves allophones sur deux ans, une première année étant constituée de classes d'accueil recevant des primo-arrivants,  et une seconde année préparant les élèves à entrer soit en transition ou en formation professionnelle (classes d'insertion professionnelle), soit dans une école du postobligatoire (classes d'insertion scolaire). En outre, si les élèves répondent aux exigences scolaires genevoises, ils sont directement orientés vers une filière du postobligatoire. Des classes d'alphabétisation sont mises en place pour celles et ceux qui n'ont pas été ou très peu scolarisés avant leur arrivée à Genève.

Ancrée dans la réalité socioculturelle et économique de son quartier, l’école a également pour mission d’accompagner les familles et notamment les parents des élèves primo-arrivants afin de faciliter leur insertion sociale et citoyenne qui se voit souvent influencée positivement par la réussite scolaire de leurs enfants. C’est tout l’enjeu du renforcement des liens entre la famille et l’école. C’est dans ce cadre-là qu’a été notamment développée « l’école des mamans » qui propose des cours de français aux mères allophones.

Des liens non seulement entre les structures d’accueil des différents degrés mais aussi avec d’autres instances sont développés. Plusieurs acteurs interviennent de manière transversale et coordonnée selon leur domaine de compétences, comme l’office de la jeunesse, l’office médico-pédagogique, l’office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue et la Fondation pour l’animation socioculturelle (FASe). Il s’agit ainsi de travailler en réseau pour pouvoir intervenir de manière ciblée, même dans l’urgence ».

Quelle est la politique du DIP pour l'intégration?

« A l’image de la grande diversité culturelle et linguistique de la population résidant à Genève, les écoles publiques du canton comptent 160 nationalités et 42% d’élèves dont les parents déclarent une autre langue que le français comme première langue parlée[3]. L’institution scolaire doit ainsi continuellement s’adapter à une population étrangère d’une grande hétérogénéité issue tout autant de la Genève internationale que de familles appartenant à un milieu socio-économique modeste tout en considérant qu’ « à origine sociale égale, les chances de réussite et d’orientation scolaires ne diffèrent pas ou pas sensiblement entre Suisses et étrangers »[4].

L’objectif étant de scolariser et d’intégrer tous les enfants dans un souci d’égalité des chances et d’exigence, sans distinctions. En effet, l’école demeure un lieu privilégié dans l’intégration des étrangers et des Suisses dans le but d’assurer la cohésion sociale. Dans ses recommandations concernant la scolarisation des enfants de langue étrangère publiées en 1991, la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) établit précisément comme principe qu’« il importe d'intégrer tous les enfants de langue étrangère vivant en Suisse dans les écoles publiques en évitant toute discrimination. Elle souligne que l'intégration doit intervenir dans le respect du droit de l'enfant au maintien de la langue et de la culture de son pays d'origine. ». Ce principe est également inscrit dans la Constitution fédérale de la Confédération suisse de 1999 (art. 8 et 11 et art. 19 et 62, notamment) ainsi que dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (art. 13) et dans la Convention relative aux droits de l'enfant de l'ONU (art. 2 et 28) ».

En dehors de l’école, le lieu de vie n’est il pas aussi important pour l’intégration ?

« L'école est un vecteur d'intégration par excellence non seulement pour les élèves mais également pour les familles. En considérant que « les inégalités des chances de réussite scolaire selon le milieu social d’origine se reproduisent en situation de migration » et que « l’inégalité des compétences scolaires selon le milieu social d’origine est à la fois « importée » par les élèves migrants quand ils arrivent à Genève, et [que] l’école genevoise va, en toute hypothèse, les reproduire, comme elle le fait pour l’ensemble des élèves qu’elle scolarise »[5], force est de constater que l’un des défis majeurs consiste à intervenir de manière ciblée dans les quartiers socialement défavorisés et de réduire les inégalités sans stigmatisation. En effet, le quartier ne doit pas être utilisé comme un prédicteur de décrochage scolaire mais bel est bien comme l’espace permettant de créer du lien entre plusieurs domaines (école, culture, sport, santé, etc.) ».

Après l’école, le quartier, comment se fait l’intégration par l’emploi surtout pour les allophones sans statut légal ?

« L’accord sur la libre circulation des personnes a grandement facilité l’intégration d’une partie des élèves migrants. En revanche, la situation s’avère plus complexe pour les primo-arrivants sans statut légal (les clandestins, les candidats à l’asile en attente de renvoi) car la précarité de ce statut a un impact sur le projet d’intégration des familles. Tous les enfants sont scolarisés indépendamment du statut de leurs parents comme le stipule la directive de la CDIP. Or, le défi consiste à accompagner les élèves à la fin de l’enseignement obligatoire pour qu’ils puissent poursuivre leur projet scolaire ou professionnel dans les meilleures conditions.

En outre, depuis 2013, les jeunes gens et jeunes filles sans-papiers peuvent effectuer un apprentissage professionnel en Suisse sous certaines conditions restrictives, comme celle d’avoir suivi sa scolarité en Suisse pendant au moins cinq ans.

Enfin, l’un des défis consiste à améliorer les conditions d’existence des mineurs et des familles résidant dans les centres d’accueil, notamment en intervenant de manière transversale (logement, hygiène, sécurité, éducation). Il s’agit ainsi de  leur permettre de construire un véritable projet d’intégration malgré la précarité de leur statut ».

Le cadre scolaire doit permettre à chacune et à chacun de se former tout en valorisant les potentialités et en repérant les éventuels besoins spécifiques. Telle est votre ambition mais comment faites vous pour coordonner les différents aspects liés à la migration ?

« Ces aspects sont intégrés de manière transversale dans les axes décrits ci-dessous :

-       La CDIP a posé comme objectif majeur en 2006 d’amener, en collaboration avec les organisations du monde du travail et la Confédération, un plus grand nombre de jeunes à obtenir une certification du degré secondaire II. Celle-ci doit leur ouvrir la voie des hautes écoles ou une insertion réussie dans la vie professionnelle, leur donner une place au sein de la société et l’accès à toutes les facettes de la citoyenneté.

-       La formation obligatoire jusqu’à la majorité au moins, introduite dans la nouvelle Constitution genevoise, participe du même but, notamment pour renforcer l'accompagnement des élèves dans leur parcours et limiter les décrochages scolaires. Pour ce faire, plusieurs dispositifs ont été mis en place dans tous les degrés d’enseignement et seront encore développés.

-       Le concept d’école inclusive, préconisé par l’accord intercantonal sur la collaboration dans le domaine de la pédagogie spécialisée ainsi que par les Principes directeurs pour l’inclusion dans l’éducation de l’Unesco, entend offrir à chaque enfant la qualité d'encadrement et les moyens pédagogiques facilitant son développement, quels que soient  ses besoins, son handicap, son talent, son origine et ses conditions de vie économique et sociale. Le but étant d’instaurer un modèle d'organisation du service public et du secteur subventionné concerné, dont le fonctionnement et le programme pédagogique soient adaptés à tous les enfants sans distinction aucune ».

1- Schwob, I.,(2011), Les élèves allophones nouvellement arrivés et leur accueil dans le système scolaire genevois, Genève : SRED, p.6.

2- Rastoldo, F., Wassmer, P.-A., Evrard, A., Kaiser, C., (2013), Analyse des dispositifs d’accueil et d’intégration des élèves primo-arrivants allophones, Genève: SRED, p.25.

3- Le Roy-Zen Ruffinen, O. (coord.), Martz, L., Jaunin, A. et Petrucci, F., (2009), L’enseignement à Genève. Ensemble d’indicateurs du système genevois d’enseignement et formation, Genève : SRED, p.8.

4- Hutmacher, W., (1985), Le passeport ou la position sociale ? Quelques données sur la réussite et l’orientation scolaire d’enfants suisses et étrangers compte tenu de la position sociale de leur famille, Genève : Service de la recherche sociologique (ou [1987] In : CERI/OCDE, Les enfants de migrants à l’école, Paris, pp. 228-256).

5- Rastoldo, F., Wassmer, P.-A., Evrard, A., Kaiser, C., (2013), Analyse des dispositifs d’accueil et d’intégration des élèves primo-arrivants allophones, Genève: SRED, p.23.

PROFIL : Madame Chritina Kitsos, Chargée des affaires migratoires au DIP : «  »

Chargée des affaires migratoires au DIP. Madame Chritina Kitsos, a une mission transversale. Elle intervient au sein des directions générales du DIP, au secrétariat général du DIP mais aussi de manière interdépartementale en particulier avec le DSE et le DEAS ainsi qu'avec les associations actives dans ce domaine, l'Hospice général et les HUG. Ainsi, notre interlocutrice préside la Task force du Conseil d'Etat pour améliorer les conditions d'existence des mineurs requérants d'asile vivant dans les centres d'accueil de l'Hospice général ainsi que le groupe stratégique interdépartemental pour améliorer les conditions de vie des mineurs migrants vivant dans la rue ou les structures d'accueil à bas seuil. Mme Kitsos est également chargée des questions liées à la radicalisation des jeunes au sein du réseau créé par le DSE. En outre, la philosophe de formation est la représentante genevoise à la Plateforme interculturelle de la CDIP à Berne ainsi que déléguée à la Commission fédérale "Education et migration" de la CDIP. Elle siège notamment à la Commission consultative sur l'asile du Canton et République de Genève.

Son action se déploie sur 3 axes: « Accueil social et scolaire, lutte contre le racisme et la xénophobie,  renforcement de l'intégration multiculturelle et école inclusive – axe migration »

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